Les reportages ou les comptes rendus de Baloo
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Ouvrez le son de vos enceintes ainsi que vos oreilles en grand
Vous pourrez écouter
l'intro officielle qui vous illustre parfaitement la philosophie des textes de Baloo
Intro tirée de la B.O. du film " Du Livre de la Jungle " de " Walt Disney "

Pour ceux qui ne sont pas sur "IE". Ecoutez l'intro ici :

Vince Préparation
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Une boîte moto pas comme les autres

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Il est parfois dans la vie de ces hasards heureux qui vous mettent le sourire aux lèvres et vous donnent la satisfaction d'avoir quelque chose que les autres n'ont pas, qui vous donnent l'impression d'avoir pu aller plus loin que les autres, d'en savoir plus et d'avoir un avantage précieux en ces temps de disette économique et de disparition annoncée des valeurs.

Un peu comme un joker spécial dans ce monde dur et injuste, une sorte de carte maîtresse dans votre jeu, qui contribue sur un sujet donné à vous mettre au-dessus de la mêlée.

Vous ramez, là ? Vous vous demandez peut-être où je veux en venir ? Bon. Illustration : les bonnes adresses. Qui n'a pas un jour ou l'autre pesté contre un professionnel incompétent ou désagréable ? Qui n'a jamais ressenti un malaise en se sentant vulnérable face à un interlocuteur ayant la possibilité de profiter de votre ignorance légitime (on ne peut pas tout savoir ou avoir 36 formes d'intelligence !) sur un sujet donné ? Qui n'a jamais éprouvé ce sentiment de méfiance voire de défiance en se demandant si la facture présentée est réellement honnête (" mais est-ce que VRAIMENT ça a été fait, ça ? ", " mais est-ce que ça valait la peine d'être changé, ça ? ", " mais il me compte toutes ces heures de travail juste pour ça ? ") ? Que celui qui n'a jamais été concerné à un moment ou un autre me jette la première pierre…

Tiens, un sujet au hasard, mettons… les concessions moto. Important ça. Surtout pour nous autres motards cela va de soi, d'autant plus à une époque où les machines deviennent de vraies usines à gaz truffées d'électronique dernier cri. Impossible de mécaniquer sur ces brêles quand on a pas un minimum de savoir-faire et d'outillage, ou un papa bricoleur de profession qui a eu la gentillesse de vous transmettre l'art de mettre les mains dans le cambouis. Tout le monde n'a pas fait une école de mécanique appliquée… La solution ? Acheter des revues techniques, se payer des cours du soir auprès d'associations (pas toujours donnés) et encore lorsqu'on a le temps, se rencarder auprès d'éventuels potes outillés et capables, ou …. faire confiance à sa concession en payant le prix fort. Pas glop. Parce qu'en général, dans ce dernier cas, c'est là que le bas blesse.

En fait je dois vous avouer que ma rencontre avec l'endroit que je vais vous présenter ici est le fruit d'une frustration bien commune déjà évoquée plus haut : la déception face à un réseau officiel et aux grosses concessions modernes d'aujourd'hui.

Et pourtant en haut lieu, Dieu sait qu'il y en a eu du jus de cervelle versé sur les points de vente…. Les Marc Etting du monde entier s'échinent régulièrement à repenser et " moderniser " leurs concessions avec force étude de marché, d'implantation et de clientèle, instaurant visites mystère, normes de présentation et de service, audits Iso-ceci, Iso-cela…. Des " disaïneurs " et autres architectes payés à prix d'or nous pondent des intérieurs léchés avec codes de couleurs spécifiques, zones thématiques et espaces de restauration et de loisirs… Des p'tits d'jeuns qui-n'en-veulent sont gavés au biberon des techniques de vente HEC, calibrés à la com' et à la stratégie commerciale sur point de vente….

La nouvelle " tendance lourde " comme disent les gens " in " pour faire bien ? Les villages moto. En gros, c'est Las Vegas appliqué à la bécane. Des hangars immenses ou trônent autant de marques que possible (" pour donner au consommateur du choix " comme ils disent) où on met 5 bonnes minutes avant de trouver la sortie, du carrelage en pierre de taille sur le sol, des espaces dédiés à tous les services possibles et imaginables, des ateliers élevés au rang de bloc opératoire où on pourrait bouffer par terre, des zones d'occasions où s'alignent des rangées de bécanes à perte de vue, des soldes monstres où s'empilent des wagons entiers de fringues (Made in China by ch'tites n'enfants) à plus savoir où donner de la tête… Pour le motard consommateur, bienvenue chez Carrefour ! Ainsi se développent les supermarchés de la moto, exposant sous une lumière éblouissante la nouvelle mentalité des motards d'aujourd'hui, lesquels se mettent ainsi et finalement au diapason de la société dans la laquelle ils vivent.

Bref, sur le papier, rien n'est laissé au hasard, pas un tif qui dépasse, on est dans le maxi pro, le top du top du super concept, toujours plus loin toujours plus haut toujours plus fort… Pffffff…….

A cette escalade sans fin, à ce monde aseptisé et normalisé, à cette quête absolue et irrépressible de performance à tout prix (faut qu'ça crache, faut qu'ça crache….), certains, à la marge, lentement mais sûrement, avec leurs propres valeurs et le simple bouche-à-oreille, tracent leur propre voie, et ce avec succès.

Leur créneau ? L'humain. Oh, n'espérez pas trouver chez eux un agencement dernier cri ou une tasse de café servie par une hôtesse sapée comme une sa(censuré)pe, n'espérer pas non plus vous retrouver nez-à-nez avec un pseudo commercial au sourire de faux-jeton aussi informé sur les choses de la mécanique qu'un Bush peut l'être sur les droits de l'homme (" houlà, malheureux, ça marche très bien comme ça, alors surtout ne touchez à rien, moi je n'ai rien à vous dire d'autre ! "), pas de vendeur à la gentillesse toute commerciale qui pour seule réponse vous lit consciencieusement l'étiquette des caractéristiques techniques (genre à la mode FNAC voyez….) ou qui vous débite bêtement un argumentaire calqué sur son programme " BTS Force de Vente ", pas de conseillère clientèle qui découvre en même temps que vous l'aspect de vos marchandises vendues par elle quelques semaines plus tôt et sur lesquelles elle vous a donné des conseils, je cite, " garantis ". Par contre, espérez trouver une réelle écoute, des conseils avisés dans VOTRE intérêt et non dans le leur, une gentillesse sincère et, franchement surprenant, un partage illimité de leurs connaissances. Chez eux, pas de " le temps c'est de l'argent ", on parle le temps qu'il faut pour que le client apprenne sur sa machine et sur le pourquoi du comment de l'intervention à venir. Rafraîchissant…

Leur force essentielle ? La compétence. Des gars de l'ancienne école pour la majorité, bardés d'expérience, capables contrairement aux petits jeunôts des concessions modernes, de s'occuper de n'importe qu'elle machine, de toute marque, et d'effectuer absolument tout type de travaux ou préparations. Bref, de faire de la mécanique à part entière, à l'ancienne, c'est-à-dire débrouillarde et pragmatique. Et pis quand c'est fait, c'est fait, et bien.

Le petit plus ? L'intégrité. Rare aujourd'hui. Un travail facturé est un travail qui a été effectué, et qu'il était effectivement nécessaire de faire. Point final. Pas de coup de massue niveau tarif. C'est raisonnable comparé à ce qui fait ailleurs (756 Euro chez Ducati Paris pour une révision des 30000…. Brrrrrrr….).

Pis tiens, comme j'suis sympa, ben j'vais vous en donner une des ces pépites : " Vince Préparation " à La Verrière, dans les Yvelines.

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Un gars trouvé par hasard sur un forum suite à une recherche Internet, et que je ne peux que vous recommander. Depuis, finies les galères du service après-vente Ducat' (un mois d'immobilisation sans la moindre explication pour obtenir le remplacement d'une rampe d'injection à seulement 4000 kilomètres !!!!) et les mésaventures du réseau officiel !!! Heureux qu'il est le Baloo !!!

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Alors je vous propose une petite interview de Vincent Magdelinat (sorcier de la clé de douze de son état), menée à bien malgré l'oubli de rembobinage de la cassette du dictaphone, lequel a royalement effacé la moitié de la réponse à la première question (2 " klonks " successifs annonçant la fin de la bande d'enregistrement, engendrant ce qui peut s'appeler un grand moment solitude….), et obligeant mon interlocuteur à m'envoyer du texte par mél. Un vrai pro qui déchire je vous dis… Heu, ouais mais bon, en même temps moi j'avais ma carte de presse que depuis une semaine, alors hein …..

Interview

Baloo : Bonjour Vincent, pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel ?
 
Vincent :

J'ai commencé par une formation d'ajusteur, tourneur, fraiseur, mécanique générale & dessin industriel a la suite de laquelle je suis rentré chez Dufour, un constructeur de fraiseuses ou je me suis rapidement démarqué des autres jeunes embauchés en même temps que moi. Mon chef m'a ainsi confié des opérations nécessitant responsabilités et initiatives. Puis, au retour de l'armée où j'ai appris à travailler sur des véhicules, je suis rentré chez Bronzavia, une entreprise qui fabriquait des équipements aéronautiques et ou j'ai commencé par faire du montage de matériel carburant. Puis, comme nous étions à une époque charnière dans le développement de la commande numérique, j'ai été choisi pour participer à la mise en place de procédés de fabrication de pièces sur tour à commande numérique. Au bout de 3 ans il m'est apparu que ma carrière allait stagner au rang de pousse-bouton. Or comme la direction avait changé entre temps, j'ai donc postulé pour un autre poste ou j'ai été faire de la maintenance machine-outil. J'ai vu énormément de choses puisque ça allait de la petite machine outil conventionnelle et numérique aux gros centres d'usinage, puis petit à petit, étant donné que la boîte a perdu de son importance en termes de taille, je me suis retrouvé finalement seul aux manettes du service d'abord entretien-machine, puis ensuite du service entretien dans son entier. Je me suis donc occupé des machines-outil, des bâtiments, de la distribution électrique haute et basse tension, du téléphone… Même si ce ne sont pas des sujets que j'ai creusé à fond mais que j'ai quand même géré pendant plusieurs années, cela fait que j'en ai quand même appris les rudiments. En ce qui concerne la haute et basse tension, là, il n'y a pas de demi-mesure, il fallait arriver à passer les autorisations, parce qu'on ne fait pas ça comme ça. Très important aussi, pendant ma période réparation machine, j'ai côtoyé les prototypes banc d'essai où on s'occupait du matériel en rapport avec le carburant aéronautique, donc j'ai beaucoup travaillé avec et pour ces gens-là. C'est là que j'ai beaucoup appris sur la rigueur et sur le côté inventif du travail, à développer des choses et à sortir un peu des sentiers battus.

Ensuite, comme beaucoup de monde, je me suis retrouvé dans une entreprise qui périclitait, et comme j'étais passionné de moto depuis de nombreuses années et que je pratiquais la moto en dehors de mon travail tant à titre personnel qu'en participant à des courses d'endurance avec des teams, je profitais de mon matériel pour faire des pièces pour la course. Donc, j'ai décidé tout naturellement de me diriger vers une carrière dans la moto, mais en tant que préparateur puisque je restais un petit peu dans la ligne de ce que j'avais commencé.

 
Baloo : Pouvez-vous nous décrire votre clientèle ?
D'où vient-elle, que cherche-t-elle en venant chez vous ?
 
Vincent :

Elle est assez diverse, j'ai beaucoup de clients déçus du réseau, beaucoup de gens qui cherchent un travail généralement adapté à ce qu'ils demandent et qui sont souvent dans la grande majorité prêts à payer ce qu'il faut mais ils veulent être certains d'être servis comme il faut et certains que le travail soit fait correctement, en tout cas que le maximum sera fait.

J'ai aussi de la clientèle qui cherche des travaux spéciaux, des réparations un peu particulières. J'ai de la clientèle en ancienne aussi, ce n'est pas la majorité mais j'en ai quelques uns.

J'ai aussi de la clientèle course, ce qui m'a obligé à faire des investissements nécessaires pour pouvoir continuer avec elle un maximum, parce que c'est quand même ce qui me plaît le plus, c'est ma récréation en quelque sorte !

 
Baloo : Comment l'artisan que vous êtes perçoit-il l'évolution de la marque Ducati ?
 
Vincent :

Cette marque a fait des bonnes choses et des moins bonnes, disons que par rapport à une époque où on pouvait faire absolument tout ce qu'on voulait avec les machines, c'est-à-dire que quand je suis venu à Ducati on pouvait pratiquement réparer une Ducati avec des pièces achetées dans une quincaillerie, bon j'exagère mais c'est presque ça ! On pouvait prétendre également fabriquer une moto de course à partir de pièces spéciales achetées chez le concessionnaire. Tout était disponible, on pouvait pratiquement se fabriquer une moto de Mondial Superbike sans aucun problème. Bon, bien entendu, avec un an de retard sur l'usine tout de même, mais bon, ce n'était qu'une question de moyens et de savoir-faire.

Maintenant ce n'est plus possible, ils ont vraiment séparé les machines de route des machines de course. Donc, plus rien n'est disponible, les machines de route sont même conçues pour ne pas pouvoir être des machines de course abouties. Donc, globalement, c'est chacun chez soi. Maintenant, du point de vue des produits, ils se sont un peu dispersés ces dernières années à vouloir faire des produits un peu tous publics, ils se sont un peu mélangé les crayons. Aujourd'hui, ils ont l'air de vouloir en revenir à des gammes un peu plus structurées, il ne reste plus qu'à attendre pour voir ce que ça va donner.

 
Baloo : Je sais que vous avez fait des investissements récemment, pouvez-vous nous en parler ?
 
Vincent :

Oui, j'ai investi dans un banc d'essai, je préfère parler de banc d'essai plus que de banc de puissance car c'est une machine assez complète. C'est un banc d'essai freiné qui me permet de faire des tests en simulation route, qui me permet aussi de faire des tests et des essais de configuration de cartographie d'injection, des tirs inertiels également, des mesures de contrôle de géométrie de la machine plus particulièrement pour les motos de route en rapport avec les particuliers ou les experts d'assurance.

Parallèlement à ça j'ai investi dans du matériel de diagnostic pour pouvoir continuer à dialoguer avec les boîtiers d'injection, et d'ailleurs, à ce titre, j'ai pris du matériel qui m'ouvre à d'autres marques que Ducati, puisque vu les investissements, je ne vais pas pouvoir les rentabiliser uniquement sur Ducati. Il faut que je m'ouvre à une autre clientèle que celle Ducati, mais tout en restant dans une clientèle moto haut de gamme et appréciant la technologie.

 
Baloo : Dernière question, quels sont projets et perspectives pour l'avenir, est-ce que vous prévoyez d'embaucher par exemple ?
 
Vincent :

Pour l'instant ce n'est pas à l'ordre du jour, heu, bon, pourquoi pas mais pas dans les deux-trois ans à venir, ou alors il faudrait vraiment qu'il y ait un boom extraordinaire, mais je pense que pour embaucher, il faudra que je pense à changer d'atelier, à revoir complètement ma structure, donc finalement ce seront encore des investissements !

 

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Vincent sur son banc de puissance en pleine action sur une moto du championnat de France

Bon, ben voilà, alors il ne vous reste plus qu'a lui rendre une petite visite !

Compétent, sympa et intègre, mais que demande le peuple ????

Merci qui pour le bon tuyau ????

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